agricide

Ouvert par marisa29, 13 juillet 2020

Page 1 sur 1
Lun 13 Juil 2020 19:16 #1
https://www.letelegramme.fr/finistere/q ... 581763.php


« Quoi qu’ils fassent, les agriculteurs sont mis à l’index. Dans le discours des gens, il n’y a plus d’humanité », déplore Michel Douguet, vétérinaire quimpérois qui côtoie le monde agricole cornouaillais depuis 35 ans.


Le suicide de Jean-Yves Marrec, producteur laitier briécois, début juin, a révulsé le monde agricole cornouaillais. Après ses proches, c’est au tour d’un vétérinaire quimpérois, Michel Douguet, d’appeler à davantage de concorde et d’humanité pour éviter un « agricide ».
Connaissiez-vous le défunt ?
Je ne connaissais pas Jean-Yves Marrec, mais ici, en Cornouaille - la société bretonne est comme ça - on est quand même proche les uns des autres. Un agriculteur m’a appelé, puis un autre… Aujourd’hui, lorsque je vais dans une ferme, on parle immanquablement de lui. M. Marrec était seul dans son exploitation mais il n’était pas un homme isolé. À son enterrement, l’église de Briec était pleine. Ça a marqué les gens. C’était un bon agriculteur, qui sortait de chez lui, qui allait au cinéma, qui avait des copains. J’ai beaucoup de connaissances qui étaient à l’école avec lui. C’est pour ça que ce drame a beaucoup de résonances, parce qu’il met en lumière pas mal de facteurs du mal-être des agriculteurs.

Quel est celui que vous mettriez tout en haut de la liste ?
Les revenus ne sont pas là. L’agriculteur bosse 60 h par semaine minimum, sept jours sur sept. Si vous avez ce rythme et que vous gagnez bien votre vie, ça passe. Mais si vous gagnez 1 500 € par mois ? Et encore, je dis 1 500 €… Je vois des agriculteurs qui ont 100 vaches et qui gagnent 800 € ! Et il est question que le revenu baisse… Les restaurants, les cantines ont fermé pendant le confinement. Les commandes ont cessé… La tonne de lait est aujourd’hui à 300 € et on parle désormais de 250 €. À 300 €, on surnage, à 250 €, on se noie. Idem pour le cochon : on dit que ça va bien ? Le prix a baissé de 25 centimes le kg. Vingt-cinq centimes, c’est la marge de l’agriculteur !

J’étais récemment chez un agriculteur de Saint-Evarzec. Son épouse me disait qu’il se couchait régulièrement à 2-3 h du mat’ pour arriver partout et qu’il allait vendre des vaches de réforme moins cher que son père ne les vendait il y a 20 ans ! Moi, quand j’ai commencé, le litre de lait était à 2 francs.

Vous placez ensuite les contraintes environnementales ?
Parallèlement, les contraintes ont augmenté. Ils doivent remplir un cahier pour justifier de l’utilisation des produits phytosanitaires. Ils ont des protocoles de soins à appliquer à la lettre - cette année, c’est sur l’usage des vermifuges -… Et ils sont pointés du doigt pour les glyphosates… Mais le principal ennemi de la biodiversité, c’est le bétonnage des terres, et la consommation de phytosanitaires a baissé. La consommation d’antibiotiques en élevage a baissé de 30 % à 40 % en quelques années. Aujourd’hui, on privilégie des protocoles de soins. À côté de ça, quoi qu’ils fassent, ils sont mis à l’index par des articles doctrinaires dans certains magazines… L 214 les pointe du doigt, en disant qu’ils tiennent leurs animaux en esclavage… Ils sont proches de leurs animaux, ils ne les laissent pas crever comme ça !

Mais le modèle productiviste n’est-il pas à bout de souffle ?
Mais pourquoi les agriculteurs sont-ils obligés de produire ? Parce que le produit à l‘unité est tellement faible qu’ils n’ont d’autre choix ! Les gens pensent que les agriculteurs vivent de subventions ! Mais il y a « l’écoconditionnalité » à laquelle sont suspendues les subventions de la Pac. Ils ne peuvent qu’accepter des prix faibles ! Un veau mâle d’un élevage laitier vaut de 40 € à 50 €. On est en dessous des coûts de production. Ce n’est pas normal !

Après l’épisode du confinement, on a dit qu’il fallait récompenser ceux qui avaient travaillé. Eh bien, les agriculteurs et agricultrices n’ont jamais cessé de travailler et on leur dit : « Madame, Monsieur, on va baisser votre prix du lait ! ». On les laisse encore sur le bord du chemin...Vous les décrivez comme cernés de tous côtés…
Après l’épisode du confinement, on a dit qu’il fallait récompenser ceux qui avaient travaillé. Eh bien, les agriculteurs et agricultrices n’ont jamais cessé de travailler et on leur dit : « Madame, Monsieur, on va baisser votre prix du lait ! » On les laisse encore sur le bord du chemin. Ces couples-là ont des enfants à qui ils expliquent qu’ils n’ont plus assez pour leur donner un peu d’argent de poche pour aller faire un tour avec leurs copains-copines…

Que manque-t-il ?
Pas grand-chose. Moi, j’ai un peu plus les moyens que certains mais quand j’achète du jambon, bio ou pas, je ne regarde pas le prix, mais s’il n’y a pas de nitrite ! Il faut que les agriculteurs puissent vivre de leur travail. Vivre de son travail, c’est avoir un revenu. Si la tonne de lait montait à 350 €, ils recommenceraient à dépenser et ça profiterait aux commerces des communes du Centre-Finistère qui se meurent ! Mais les gens préfèrent acheter un smartphone à 1 000 balles plutôt que de la viande de qualité. Je ne dis pas que c’est mal, c’est un constat : on ne dépense plus son argent pour de l’essentiel. Mais la vie, ça consiste aussi à manger correctement.

Le discours ambiant doit-il évoluer ?
Oui. Moi, les agriculteurs, je les aime, mais je ne les aime pas à 150 %. Quand j’ai quelque chose à dire, je le leur dis ; mais je n’oublie pas que l’agriculture est quand même l’un des leviers du développement de la Bretagne. Dans le discours des gens, il n’y a plus d’humanité. Ils manquent d’ouverture d’esprit. On est devant un agricide, une disparition lente des agriculteurs.




En complément
« Quand vous avez des agriculteurs comme clients, vous êtes presque un intime »

« Quand j’ai commencé, il y a 35 ans, les animaux d’élevage représentaient 90 % de mon activité », se souvient Michel Douguet.
« Quand je me suis installé, il y a 35 ans, je ne faisais quasiment que des animaux d’élevage. C’était 90 % de mon activité ; aujourd’hui, c’est 30 %. C’est l’évolution de tous les vétérinaires. Dans les années 90, celui qui se pointait avec son petit chien se faisait passer devant par l’agriculteur avec son cochon ou devait repasser car le vétérinaire avait une vache à voir. C’est fini tout ça. Aujourd’hui, les médicaments vétérinaires les plus vendus sont des antiparasitaires pour chiens et chats !

Le nombre d’agriculteurs a baissé mais j’en connais beaucoup. J’ai commencé par soigner les vaches des grands-parents, des parents et aujourd’hui des petits enfants. Quand vous avez une famille d’agriculteurs comme cliente, vous êtes presque un intime, vous connaissez les petites histoires, les amourettes naissantes des enfants qui grandissent… C’est comme le boulanger du village autrefois… », témoigne Michel Douguet.
Lun 13 Juil 2020 19:40 #2
je participe juste pour remonter ton post . je crois que trouspinette est vacance !! :dingue
"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire" Albert Einstein
mes vaches sont là pour me nourrir, pas pour engraisser l'état
Mar 14 Juil 2020 08:15 #3
Un beau métier , mais quand d'exploitant ( agricole ) tu passes à exploité la charge devient trop lourde .
Mar 14 Juil 2020 10:34 #4
"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire" Albert Einstein
mes vaches sont là pour me nourrir, pas pour engraisser l'état

Partager cette discussion sur les réseaux sociaux

Revenir en haut