un peu d 'optimisme

Ouvert par marisa29, 25 février 2020

Page 1 sur 1
Mar 25 Fév 2020 11:31 #1
Publié le 24 février 2020 à 16h15
Pourquoi Sylvie Brunel pense que « les paysans vont sauver le monde »
Réservé aux abonnés

(Photo DR)


Géographe spécialiste des questions agricoles, professeur à l’Université Paris IV, Sylvie Brunel vient de publier « Pourquoi les paysans vont sauver le monde ». Interview.

[i]Retraites, PAC, pesticides, bien-être animal, mouvement Vegan : le monde agricole français est en pleine crise. Est-ce pour vous une surprise ?[/i]
Non, ce n’est pas une surprise mais une immense déception. Depuis les années 90, le monde agricole met tout en œuvre pour répondre aux attentes sociétales. Et on a le sentiment que plus il en fait, plus on lui en demande en oubliant que sa vocation est d’abord une vocation nourricière, que notre pays a atteint une certaine indépendance et souveraineté alimentaire après une période très difficile après-guerre. Je suis très marquée par l’ampleur des contraintes réglementaires et sociales qui pèsent sur les agriculteurs et la continuation d’un discours négatif, accablant, comme si les médias, les politiques, ne voulaient pas ou n’étaient pas capables de voir ce qui s’est passé réellement dans les exploitations agricoles. On a le sentiment que ceux qui critiquent l’agriculture n’ont jamais visité une ferme, n’ont jamais parlé avec un exploitant. Ce sentiment d’être totalement méprisé, discrédité sans raison valable, mine le monde agricole.

[i]Comme l’illustre le film « Au nom de la terre », depuis les années soixante, beaucoup d’exploitants, en intégrant des circuits fermés de production, sont devenus de simples manœuvres en perdant le choix de l’alimentation du bétail, des intrants, des produits sanitaires et, bien sûr, des prix de vente. Faut-il imaginer d’autres modèles ?[/i]
Pour moi qui ai travaillé dix-sept ans dans l’humanitaire et vu la précarité des paysans isolés exposés à la fluctuation des prix du marché, à la violence des relations avec les autres acteurs de la filière notamment les intermédiaires, je comprends parfaitement le mouvement de structuration de l’agriculture française qui s’est fait à travers des bassins de productions, des filières de commercialisation. C’était une nécessité. Maintenant, ce système a des limites : la perte d’autonomie dans certaines exploitations. Il est nécessaire de repenser la relation du paysan avec son environnement. Aujourd’hui, on observe au niveau de chaque ferme une réflexion sur un retour plus important à l’autonomie, à l’économie circulaire, à la gestion de l’alimentation.
Si la Bretagne passait en circuits courts, elle ne consommerait que 7 % de sa production, c’est-à-dire que le paysan mourrait de faim
Mais il faut quand même voir une chose : la Bretagne a très peu de disponibilité foncière. Pour cette région, un modèle intégré est une nécessité pour répondre à la fois aux enjeux bretons mais aussi nourriciers de la France. Si la Bretagne passait en circuits courts, c’est le grand fantasme des urbains, elle ne consommerait que 7 % de sa production, c’est-à-dire que le paysan mourrait de faim : on reviendrait à la misère, comme au début du XXe siècle, parce que ce qu’il produirait ne suffirait pas pour le nourrir. Si la Bretagne se repliait sur elle-même, eh bien Paris mourrait de faim parce que la capitale n’assure que 6 % de son alimentation. La Bretagne nourrit Paris et il est extrêmement important pour son agriculture de ne pas perdre de vue ce qui a toujours fait sa force : sa compétitivité sur de petites surfaces. C’est une agriculture qui a connu une montée en technicité, professionnalisation, recherche. D’abord en termes de recherches environnementales puisqu’elle se veut aujourd’hui exemplaire sur les actions dans le cadre du Plan climat.
Mais aussi en termes d’utilisation des intrants, de taux de nitrates, etc. L’agriculture bretonne, parce qu’elle a été justement sous le feu des critiques, est un modèle d’exemplarité. L’immensité des marchés agricoles mondiaux (…), l’utilisation d’outils d’aide à la décision (drones, robots, des machines, stations météo), nécessitent des moyens considérables. Aujourd’hui, l’agriculteur, c’est avant tout un chef d’entreprise, un professionnel qui doit être bon en tout : conduite de son exploitation, objectifs environnementaux, commercialisation de ses produits.
C’est un monde qui ne cesse d’évoluer, de se remettre en question, où chaque prise de risques a un coût. Bien sûr, il y a des accidents de parcours et on le voit bien à travers la crise agricole. Mais ce qu’explique mon livre, c’est qu’aujourd’hui, la troisième révolution agricole a commencé : il faut être capable de continuer à produire de façon compétitive pour répondre aux besoins nourriciers du monde et, en même temps, répondre à toutes les attentes écologiques. Cette troisième révolution ne se fera pas isolément, ferme par ferme. Elle demande une démarche collective et un soutien des paysans par les institutions de recherche, les stations foncières ou légumières, les coopératives de négociants…
À lire sur le sujet
« Au nom de la terre », le film qui bouleverse la Bretagne
Bien sûr, le film Au nom de la terre montre un échec, une situation qui aboutit à un drame d’ailleurs présent aujourd’hui dans certaines exploitations françaises… Mais c’est tout le problème des périodes de mutation, de transition : il y a la moitié du monde agricole qui va quitter son exploitation simplement du fait de la retraite. Il y a beaucoup de jeunes aujourd’hui qui sont tentés par l’agriculture. Cette agriculture est en train de se réécrire, de se réinventer. Il faut l’accompagner, pas la stigmatiser. Il faut faire exactement le contraire de ce qu’on fait aujourd’hui
.
[i]L’idée d’une politique agricole française forte aux objectifs clairement définis, ne s’est-elle pas diluée ces dernières décennies dans la politique agricole commune (PAC) ?[/i]
La PAC, c’était la meilleure chose pour l’agriculture française dans les années soixante. Elle a permis de dresser un dessein européen avec l’idée qu’il fallait arracher l’Europe à la malnutrition, à la pauvreté et en même temps rendre accessible la nourriture aux consommateurs. Cette PAC a tellement bien réussi, la France étant le premier pays agricole de l’Union européenne avec 20 % de la production, qu’on a eu la surproduction et le problème de la gestion régulée de l’offre via les quotas. Et depuis les années 2000, on est entré dans une phase à la fois de libéralisation, en considérant que les marchés peuvent décider à la place des interventions publiques, et dans un élargissement de l’Europe qui fait que le producteur français a des concurrents à l’intérieur même de l’Europe avec des pratiques souvent déloyales sur les molécules utilisées, les coûts de main-d’œuvre, etc.
On ne peut pas dire, on gère la Bretagne comme on gère les grands espaces de la Roumanie ou de la Bulgarie
Il est absolument essentiel que la France reprenne aujourd’hui la main sur son agriculture. Qu’elle comprenne que les enjeux économiques, sociaux et environnementaux sont tels dans notre pays qu’elle ne peut pas laisser toute latitude à Bruxelles en raison d’une spécificité nationale qui est cette agriculture familiale mais compétitive, notamment en Bretagne où il y a un tissu dense d’exploitations de ce type. On ne peut pas dire, on gère la Bretagne comme on gère les grands espaces de la Roumanie ou de la Bulgarie. L’agriculture est un secteur d’intérêt général, la France ne doit pas connaître pour l’agriculture ce qu’elle a vécu avec la désindustrialisation. Il faut être vigilant pour les territoires, la lutte contre le changement climatique ne pourra mener sans associer pleinement les producteurs agricoles parce qu’ils pilotent la gestion de l’eau, du carbone, du climat (…). Nous avons trop laissé la main à Bruxelles. Il faut qu’Emmanuel Macron comprenne que le monde agricole, ce n’est pas seulement le bio, seulement les circuits courts mais une grande diversité de modes de productions et de modèles. Aujourd’hui, ce qu’on appelle, à tort, l’agriculture conventionnelle continue d’assurer les 9/10e de l’alimentation française dans un monde où l’arme alimentaire est devenue stratégique.

[i]Le monde agricole ne semble pas entendu : en juillet 2019, les députés ont approuvé la ratification du CETA en dépit des craintes de plusieurs filières…[/i]
Les agriculteurs souffrent énormément du sentiment d’être des variables d’ajustement. C’est-à-dire qu’on ne se préoccupe pas de leurs intérêts avant de prendre des décisions politiques ou économiques. Politiques, quand il s’agit, par exemple, de sanctions contre la Russie en 2014 après l’annexion de la Crimée. On a transformé Poutine, qui était le premier importateur de produits agricoles mondiaux, en un redoutable concurrent pour la France notamment sur ses marchés d’exportations d’Afrique du nord. Jamais, on ne prend en compte les conséquences de telles décisions en termes de conquête des marchés à l’extérieur, de compétitivité interne, etc. Jusqu’au début des années 90, c’était quelque chose qui n’existait pas. Mitterrand faisait campagne avec un village de la Nièvre en arrière-plan sur ses affiches, Chirac mangeait des pommes. Ils avaient une conscience forte de la France en tant que grand pays agricole dont on ne peut, au nom d’autres priorités, abandonner le patrimoine, les savoir-faire (…).
À lire sur le sujet
CETA. L’Assemblée approuve la ratification du traité de libre-échange
Pour le CETA, il y a une faute grave de la part de notre gouvernement d’autant que les Canadiens ont prévu des exceptions pour leurs produits. En même temps, le député (LREM) Jean-Baptiste Moreau (agriculteur de profession, NDLR) dit, avec beaucoup de force, que la France sera gagnante avec le CETA même au plan agricole. Ce qui est certain, c’est qu’il aurait fallu des clauses de sauvegarde pour les secteurs fragiles : on ne peut pas juste mettre en œuvre la compétitivité et la rentabilité dans le monde agricole. C’est un secteur aux multiples enjeux en matière d’emplois, de maintien des populations en secteur rural. Ça doit entrer en ligne de compte même si ce n’est pas chiffrable directement. On ne peut exposer l’agriculture française aux seules lois du marché car elle rend d’autres services (…).

[i]Comment freiner l’artificialisation des sols qui progresse chaque année, notamment en Bretagne ?[/i]
Sur l’artificialisation des sols, en Bretagne, parce qu’on n’avait pas des terres souvent acides et une forte population, on a été obligé d’imaginer beaucoup de modèles hors-sol qui sont aujourd’hui critiqués. Mais quand ils sont bien gérés, non seulement ils économisent de la terre mais, en plus, leur bilan carbone et en matière de gestion des efflux peut être performant (…). On ne peut pas préconiser le retour systématique à l’expansif, à l’herbe mais il faut redonner l’agriculture sa première place pour la gestion des territoires bretons, comprendre que la perte de terres agricoles, souvent irréversibles, est un drame. On ne peut pas se battre pour sauver des arbres sans se battre pour sauver des terres, on ne peut pas inventer une agriculture uniquement urbaine : les grandes cultures, l’élevage demandent des territoires (…). Il y a plein de jeunes qui veulent aujourd’hui se lancer dans l’agriculture, notamment dans des modes parallèles, en circuit court, en permaculture. Aujourd’hui, un tiers des nouvelles installations sont hors cadre familial, un sixième concerne les femmes. Beaucoup veulent faire du bio. Cette attractivité se heurte au fait que beaucoup de terres sont déclassées du parcellaire en tant que terres agricoles et ne sont pas éligibles aux aides de la PAC. On a vraiment besoin que le gouvernement, la Région Bretagne comprennent que si on veut des paysans, il faut s’en donner les moyens non seulement sur la protection des terres mais aussi à travers une législation plus favorable et une plus grande acceptabilité de nos citoyens. Et ça passe aussi par les zonages : on ne peut pas mettre des lotissements au milieu des terres agricoles et ensuite reprocher aux agriculteurs les contraintes liées à son métier. Il faut anticiper une vision d’ensemble. Et ne pas, non plus, renvoyer l’agriculteur à l’image de pénibilité de son métier. Le citadin n’aime pas trop que l’agriculteur soit comme lui, un chef d’entreprise disposant d’outils modernes et gagnant bien sa vie. Il y a une sorte de racisme de classe à l’égard du monde agricole. Il est temps que le regard change (…).

[i]Peut-on être optimiste pour l’agriculture française et celle-ci peut-elle s’inspirer d’un modèle existant ailleurs ?[/i]
La France a justement son propre modèle et son propre modèle, c’est la diversité des terroirs, des filières, des productions. Ce qui est très important, c’est ce caractère pluriel. C’est une agriculture à la fois, performante, complète. Aujourd’hui, on est quand même un peu monomaniaque. On voudrait tout passer au bio. Ce sera terrible. Ce sera la mort non seulement de l’agriculture française mais la mort de ceux qui ont choisi cette voie. Si le bio est aujourd’hui rémunérateur, c’est parce qu’il s’agit d’une niche. Si tout le monde passe au bio, la guerre des prix va étrangler les producteurs. Quant au conventionnel, il ne mérite pas son nom car il ne cesse d’innover. Le prix reste une donnée essentielle pour les consommateurs sauf pour une petite élite éduquée. N’oublions surtout pas que neuf millions de Français sont pauvres, on l’a bien vu avec la crise des gilets jaunes (…). Les agriculteurs sont parties prenantes du grand dessein de la France de demain. Et c’est un facteur positif (…).
Mar 25 Fév 2020 23:04 #2
Mer 26 Fév 2020 07:14 #3
Donc ,en gros, l'agriculture français se résume à l'élevage breton, sans pondération de la politique agricole propre à la Bretagne depuis plus de 60 ans????
Ca c'est de la p'tain d'analyse :eusa_clap :gene
Mer 26 Fév 2020 23:32 #4
un peu d'optimisme
avec la paralysie généralisée en Chine ,
tout les poudres de lait font baisser gravement en 2020
Mais
avec les centaines de millions de chinois cloitrés à la maison
on peut s'attendre à un baby-boom XXL d'ici 9 mois

la fin de la politique de l'enfant unique n'avait rien donné comme prévu ,
mais sur ce coup-là ,
c'est le banco garantie
Jeu 27 Fév 2020 08:49 #5
:D Pas con comme analyse :lol: :pouce ;
Si Chatelier tombe là dessus il va certainement se lancer dans une tournée de conférences ... :mdr
L'eldorado Chinois "Le retour" … :mdr :mdr

Partager cette discussion sur les réseaux sociaux

Revenir en haut