Agri-Entrepreneurs: Revenu, Patrimoine ou Citron?

Ouvert par gwendal raoul, 22 mai 2018

Mar 22 Mai 2018 15:05 #1
En apparte, l'admin il pionce depuis 1 mois ou il a vraiment plus envie d'un forum?

Plus une réponse de nouvel utilisateur depuis 29 jours...

http://filierelait.blogspot.fr/2018/05/agri-entrepreneurs-revenu-patrimoine-ou.html

Le jour où la loi #EGAlim, censée garantir un revenu décent aux agriculteurs, arrive dans l'hémicycle, il serait judicieux de s'assurer que les-dits agriculteurs seront à même de profiter de cette éventuelle hausse de niveau de vie (et nous en somme loin).

Résultat de recherche d'images pour "presse citron"

En économie, il y a au centre du concept d'entrepreneur la création destructrice de Joseph Schumpeter: "la croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques.

L'un des déductions que l'on peut en tirer, c'est que l'entrepreneur n'est pas obligatoirement sous la menace d'un effet de rente. Que grâce à ses idées, à ses innovations, à ses talents de gestionnaire, il peut créer une entreprise, et des richesses, presque ex nihilo, en tout cas sans avoir à racheter un outil préexistant, à passer sa carrière d'entrepreneur à rembourser la valeur économique d'origine de cet outil. Et le cas échéant, il peut le développer presque sans limite.

En agriculture... ce concept est largement nul et non avenu. Car l'activité agricole est intrinsèquement liée au foncier, et à d'autres actifs, matériels ou immatériels, essentiels et largement non reproductibles.

I. Le Foncier

Si on laisse faire le marché, absolument librement, plus la production agricole sera lucrative, plus le foncier prendra de la valeur.

Normal me direz-vous?

Pas du tout, car l'agriculteur a cette capacité particulière ancrée en lui: la résilience!

Cette qualité en temps de crise, qui lui permet de vivre de rien pendant de longs mois, se transforme en malédiction en temps de prospérité car il sera enclin à investir tous ses revenus supplémentaires dans son outil de travail, créant des bulles et une inflation des prix de tous les intrants.

Si une activité agricole est lucrative, le sous-jacent foncier indispensable absorbe presque toute la richesse créée!

Les terres atteignent donc naturellement des prix stratosphériques, elles sont en réalité transmises par des stratagèmes intra-familiaux ou pseudo-financiers, aucun entrepreneur digne de ce nom n'acceptant de payer à l'origine ce qu'il gagnera par son talent le reste de sa carrière.

Le cas des licences de taxi illustre bien cette impasse, l'adage "Le paysan vit pauvre et meurt riche" aussi.

Le marché du foncier, et le calcul des loyers exigibles par les propriétaires, est largement réglementé en France, et l'on doit s'en féliciter. Le droit de préemption des Safer, les autorisations d'exploiter et les indices de fermage permettent d'éviter une augmentation inconsidéré de la valeur des terres condamnant l'exploitant à rembourser des annuités exorbitantes ou à payer des loyers spoliateurs.

Si l'on doit réformer ce système français, c'est simplement en le renforçant, en luttant contre les passe-droit et abus népotiques en commissions.

II. Les bâtiments et leur construction

Un autre aspect central de bien des activités agricoles, ce sont les bâtiments d'exploitation. Si la construction de nouveaux bâtiments est rendu compliquée par un excès de règlements administratifs, l'entrepreneur-paysan se verra obligé d'acquérir des bâtiments existants, ce dont les cédants, c'est la nature humaine, ne manqueront pas de profiter.

Laisser de nouveaux bâtiments pousser ici ou là, c'est, au-delà d'une exigence de confort de travail et de technicité, apporter de la fluidité dans l'économie agricole et lutter contre les effets de rentes.

III. Le "Droit à Vendre"

Cet actif immatériel est particulièrement indispensable pour les productions agricoles (très) périssables, tout particulièrement le lait.

On peut évidemment évoquer les cas de la transformation à la ferme et de la vente directs: ces circuits courts sont très intéressants mais ne sauraient répondre à la grande majorité des besoins alimentaires de la population.

Pour vendre du lait, un producteur doit donc le plus souvent se regrouper en coopérative de collecte/transformation ou livrer à un industriel privé. Il est donc lié par un contrat stipulant, entre autre, la quantité à livrer, la référence.

Dans le cas des coopératives, le producteur détient des Parts Sociales, dont la valeur nominale est déterminée par le Conseil D'Administration de la coopérative (selon ses besoins financiers), et dont le producteur s'acquitte.

Véronique Le Floc'h, responsable de l'OPL, demande que ces parts sociales soient réévaluées en fonction de la valeur de l'outil coopératif. Et donc que au départ en retraite des coopérateurs, ou en cas de cessation d'activité, la coopérative leur rembourse un montant équivalent, non pas à la valeur nominale de ces parts sociales, mais à leur valeur économique. Encore un effet de rente à proscrire! Qui d'autres, sinon les nouveaux coopérateurs, et ceux qui continuent leur activité, devraient accroître le patrimoine de l'ex-producteur?

La coopérative est au contraire l'entité idéale pour que la profession laitière garantisse la solidarité nécessaire entre générations, et la pérennité de l'élevage laitier familial.

Ni le contrat, ni la référence, ni les parts sociales (au-delà de leur valeur nominale) ne doivent être l'objet de cession lucrative.

Car encore une fois, un entrepreneur digne de ce nom ne pourra jamais accepter d'acquérir un actif essentiel, à sa valeur économique, alors qu'il a la certitude de ne pouvoir le développer (un hectare est un hectare, un litre de lait est un litre de lait, par définition).

Le cas des droits au paiement des aides PAC, encore essentiels à l'existence des exploitations agricoles, est évidemment similaire. Ils ne doivent en aucun cas être monnayables.

Les risques d'effets de rentes sont, on le voie, bien trop nombreux dans l'économie agricole pour qu'on laisse à la fois "faire le marché" et que l'on y attire des entrepreneurs avisés, que l'on permette aux agriculteurs de profiter de leur revenu, non pas pour payer un prix toujours plus élevé pour le droit de travailler, mais pour vivre!

Imaginerait-on un directeur financier ou général payer pour le droit d'occuper son poste? Dans l'Ancien Régime cela s'appelait une Charge, donc une rente, une prime à l'ordre établi, une entrave au dynamisme.

Entre la création destructrice schumpéterienne débridée et l'économie administrée kolkhozienne, il y a le bon sens, la régulation souple, intelligente, durable.

Pas de revenu garanti, pas non plus de revenu indécent avec la perspective incertaine d'un patrimoine conséquent, mais des agriculteurs, des paysans travaillant pour aussi s'épanouir dans leur vie, prendre des vacances, passer du temps en famille.

Encore faudra-t-il que les prix de nos productions nous permettent de dégager un revenu, et que celui-ci ne soit pas pressé comme un citron par les effets de rente.
Vini, Vidi, Pactoli
Mar 22 Mai 2018 16:19 #2
gwendal raoul a écrit:
Que grâce à ses idées, à ses innovations, à ses talents de gestionnaire, il peut créer une entreprise, et des richesses, presque ex nihilo, en tout cas sans avoir à racheter un outil préexistant, à passer sa carrière d'entrepreneur à rembourser la valeur économique d'origine de cet outil. Et le cas échéant, il peut le développer presque sans limite.


Le pendant de cette théorie, c'est que la valeur finale de l'outil ne vaut pas grand chose non plus puisqu'il n'y a pas d'intérêt à racheter un outil...

gwendal raoul a écrit:
En agriculture... ce concept est largement nul et non avenu. Car l'activité agricole est intrinsèquement liée au foncier, et à d'autres actifs, matériels ou immatériels, essentiels et largement non reproductibles.


C'est une vision réduite de l'agriculture, qui voudrait que le foncier soit forcément le facteur limitant. Or, ce n'est vrai que pour une production donnée. Parce que si, effectivement, le foncier n'est pas "reproductible", il peut être utilisé de façon totalement différente: entre 1 ha de blé ( CA annuel à 1600 €), et un hectare de maraichage (CA à 30 000€) il y a un monde. Et donc, l'utilisation du foncier permet un potentiel de création de richesse (x 20 dans mon exemple) qui peut largement compenser l'aspect non reproductible.

De plus, tu ne considères que l'acte de production. Ce qui est, à mon avis, une grosse erreur.

Pour faire un parallèle, on pourrait dire que puisque le stock de pétrole est fini, il est également non reproductible. Tout comme les terres rares, etc... C'est le propre de beaucoup de matières premières. Et ça n'empêche pas le developpement des activités.

gwendal raoul a écrit:
Si on laisse faire le marché, absolument librement, plus la production agricole sera lucrative, plus le foncier prendra de la valeur.


A priori, la situation actuelle montre que le niveau de prix du foncier n'est pas directement lié à l'aspect lucratif de la production... Et même plutôt que des revenus agricoles faibles incitent à l'agrandissement, et mettent d'autant plus la pression sur le foncier.

Du coup, l'assertion de base me parait hasardeuse.

gwendal raoul a écrit:
Le cas des licences de taxi illustre bien cette impasse, l'adage "Le paysan vit pauvre et meurt riche" aussi.


Il me semble que l'adage en question est plutôt lié à la façon dont est gérée une exploitation (sans jugement de valuer), qu'à un foncier trop cher...

gwendal raoul a écrit:
Si l'on doit réformer ce système français, c'est simplement en le renforçant, en luttant contre les passe-droit et abus népotiques en commissions.


Il suffirait d'établir une liste de critère dans la priorité des demandes pour exclure tout avis subjectif de la commission...

gwendal raoul a écrit:
Un autre aspect central de bien des activités agricoles, ce sont les bâtiments d'exploitation. Si la construction de nouveaux bâtiments est rendu compliquée par un excès de règlements administratifs, l'entrepreneur-paysan se verra obligé d'acquérir des bâtiments existants, ce dont les cédants, c'est la nature humaine, ne manqueront pas de profiter.

Laisser de nouveaux bâtiments pousser ici ou là, c'est, au-delà d'une exigence de confort de travail et de technicité, apporter de la fluidité dans l'économie agricole et lutter contre les effets de rentes.


Ah? Donc là, pour éviter la spéculation sur les bâtiments, il faut moins d'encadrement et moins de legislation? Mais pour les terres, heureusement qu'il y a la Safer pour réguler tout ça?

Et on se retrouvera avec des tas de bâtiments vieillissants et en ruine, tandis qu'on continuera vraisemblablement à subventionner des constructions de bâtiments neufs. On a vu plus durable...

D'autant plus que l'éxigence de mise au norme fait que les bâtiments des cédants deviennent de moins en moins adaptés, sauf à faire des investissements. Et que donc, il n'y a pas de pression concurrentielle entre d'anciens bâtiments à acheter, et d'autres à construire.

gwendal raoul a écrit:
On peut évidemment évoquer les cas de la transformation à la ferme et de la vente directs: ces circuits courts sont très intéressants mais ne sauraient répondre à la grande majorité des besoins alimentaires de la population.


Ben si, les circuits courts pourraient totalement répondre à la majorité des besoins alimentaires de la population. La seule chose qui s'y oppose, ce sont les modes de commercialisation / consommation actuelles. Pas la capacité à répondre aux besoins. Mais bon, c'est pour pinailler.

gwendal raoul a écrit:
Les risques d'effets de rentes sont, on le voie, bien trop nombreux dans l'économie agricole pour qu'on laisse à la fois "faire le marché" et que l'on y attire des entrepreneurs avisés, que l'on permette aux agriculteurs de profiter de leur revenu, non pas pour payer un prix toujours plus élevé pour le droit de travailler, mais pour vivre!


Encore faudrait-il que le but soit de permettre aux agriculteurs de profiter de leurs revenus.
De ce que j'en vois, la société attend deux choses du secteur agricole: des produits bons marchés, et des engagements environnementaux.
Ce sont les deux axes avec lesquels les "entrepreneurs avisés" doivent composer, puisque c'est dans ce sens qu'ira la législation qui leur sera imposée.

gwendal raoul a écrit:
Encore faudra-t-il que les prix de nos productions nous permettent de dégager un revenu, et que celui-ci ne soit pas pressé comme un citron par les effets de rente.


Tu le dis toi-même plus haut, ce n'est pas l'effet de rente qui capte le revenu de l'exploitant, c'est l'exploitant qui "sera enclin à investir tous ses revenus supplémentaires dans son outil de travail" (je te cite). C'est donc un choix des exploitants.

Si je te rejoins sur ce que tu sembles developper (au final, l'idée que la capitalisation comme objectif n'est pas une bonne solution) je ne suis pas spécialement d'accord sur tes postulats de départ...
Mar 22 Mai 2018 20:30 #3
1. Ben oui, si on veut avoir du sang neuf, des paysans libres et épanouis, et non des trimards de carrière, l'investissement initial pour se lancer dans la production de lait par exemple ne doit pas être prohibitif. Surtout quand les actifs de base que j'évoque (foncier, droit à construire, droit à vendre, droit aux aides PAC) ne peuvent être créer avec le talent et l'inventivité seuls. La contrepartie c'est de disposer d'un revenu confortable durant toute sa carrière, avec la possibilité d'économiser.

2. Le foncier en France, loin de s'agrandir, diminue comme peau de chagrin (+ de 80,000 ha par an). Autant il est concevable qu'un maraĉher "prenne" 1 hectare à un laitier, autan il sera impossible à un laitier de trouver 50 ha "maraîcher". Donc globalement, en France, le foncier est un facteur extrêmement limitant pour la grande majorité des productions, si l'on raisonne en "macro" évidemment et pas au cas par cas.

3. Voilà ce qui arrive si on laisse faire le "marché"... même en Pologne. En 2016/17 il y a bien eu tassement des prix des terres en France...

Image

4. Je ne parle pas que du foncier, mais de tout l'outil de production, d'autant plus si il est surpayé dés le départ. Tout le contraire des objectifs d'un entrepreneur, qui peut accepter quelques années de vaches maigres, pas 20, encore moins 40.

5. Oui

6. Je ne dis pas que l'on doit laisser les vieux bâtiments à l'abandon, je dis que si l'on oblige un repreneur à reprendre un site d'exploitation, à ne pouvoir en créer un, il devient tout de suite bcp plus cher. Fluidité!

7. Je suis pour le local, mais je pense que la vente directe n'est pas forcément la solution (voir le nombre nb d'agridiff et d'aide à la reconversion en vente directe/transfo à la ferme). Donc la vente locale, oui, mais en se regroupant, ce qui revient à poser la question de la valorisation de l'outil commercial :)

8. La société peut attendre ce qu'elle veut, le revenu des agriculteurs dépend de prix juste (y compris en reconnaissant les pratiques existantes en environnement et bien-être animal, qui ont fait d'énormes progrès, strictement non reconnus).
Image

9. Quand "le choix des exploitants" est généralisé, que les facteurs de productions sont très limités/captifs, si absolument, le risque d'un effet de rente est gigantesque... Etant entendu que ce n'est pas l'agriculteur vivant, actif qui en profitera, mais tout le para-agricole, les investisseurs fonciers intiaux, les retraités agricoles et leurs enfants...
Vini, Vidi, Pactoli
Mer 23 Mai 2018 10:27 #4
1°) Sauf que ce n'est pas la façon dont sont gérées les exploitations... Tu ne peux pas nier les faits. Un agriculteur lambda aura toujours tendance à favoriser une augmentation de son capital, plutôt que d'augmenter ses revenus en économisant par ailleurs. La logique actuelle, c'est prélever ce dont on a besoin (selon ce qui est disponible, bien sûr), et utiliser le restant pour "investir". Tu verras très peu d'exploitants prélever plus que nécessaire pour ensuite placer ses économies (ou investir ailleurs).
L'effet de rente que tu dénonces, il est le fruit des décisions des exploitants. Et tu ne peux pas réclamer qu'il soit minimiser contre leurs volontés.

2°) Ce n'est pas ce que j'ai dit... Pour une surface donnée (donc limitée), le choix de l'utilisation de cette surface permet une croissance qui peut largement compenser la contrainte. Mais pour cela, il faut sortir de la logique actuelle qui voudrait que la seule solution pour maintenir un résultat, ça serait l'agrandissement pour diluer les charges.
Pour faire un parallèle avec une entreprise classique: il est souvent nécessaire de se repositionner, de faire évoluer la production pour s'adapter au marché.
Mais la logique agricole, elle sera de produire plus de volume, pour optimiser l'utilisation de certains outils... On n'est pas du tout dans un fonctionnement rationnel d'entrepreneur. C'est une logique de concentration, là où on devrait voir des logiques d'expansion horizontales (diversification) ou verticales (vers la commercialisation).

3°) Ton graphique, sans explications sur les mesures de régulations adoptées par les différents pays, ne veut pas dire grand chose... A la limite, je pense que si on prend la densité de population pour chaque pays, on arrive à un truc similaire. Bref, je ne vois pas ce que ça montre.
Et le prix des terres en France, c'est +30% en 10 ans... Il se portait bien le secteur agricole ces 10 dernières années?

6°) Je ne comprends pas d'où vient ton argumentaire... Ou as-tu vu qu'on obligeait à reprendre un site complet? Qu'on empêchait la construction de nouveaux bâtiments? J'avoue que ça me laisse perplexe....

7°) Plus que la valorisation de l'outil commercial, c'est son contrôle qui est important. Mais cette stratégie verticale, de developpement vers l'aval, tu ne peux pas la balayer de la main en disant que ça n'a pas d'importance, alors que c'est justement une des réponses à la contrainte du foncier!

8°) C'est un sondage. On ne répond pas au sondage avec son portefeuille, et ça n'engage à rien. Dans les faits, mis à part sur quelques produits, la majorité des consommateurs vont sur le pas cher, peu importe ce qui revient aux agris.

Mais là ou tu te trompes, c'est que tu sembles considérer que ce qu'attend la société n'est pas important. Or, tout le législatif dépendra des attentes de la société. En d'autres termes, les agriculteurs vont continuer à bouffer de la norme environnementale, du bien-être animal, et des prix bas. Puisque les législateurs feront tout pour que ça aille dans ce sens.

9°) Tu ne m'as pas bien lu: l'effet de rente n'est pas un risque. Il est voulu par une majorité d'exploitants.
Mer 23 Mai 2018 12:51 #5
Hazta
Pour le 1 ce n'est pas de la bonne gestion d'entreprise que d'investir avec la marge de securité.

Ce qu'attend la société,c'est partir en vacances et economiser sur la bouffe,les normes sont juste fait pour dégouter les agriculteurs ( parait il il y en a encore beaucoup trop )
L'attente de la société vis du bien etre animal ,de l'environnement est lgitime mais pourquoi autoriser l'importation des produits ne les respectant pas
Mer 23 Mai 2018 13:09 #6
En bon dialecticien, tu veux me faire dire le contraire de ce que je dis et pense, pour ensuite discréditer tout mon discours, mais tu ne m'auras pas ;)

C'est justement parce qu'il y a ce risque de surenchère sur tous les actifs agricoles en cas de hausse des revenus disponibles que j'écris ce que j'écris.

C'est un principe économique de base, si tu injectes un surplus de liquidités sans débouchés correspondants et sans contrôle, tu as de l'inflation.

"Capitaliser" comme tu dis, ce n'est pas le choix individuel que je crains ou critique, c'est le comportement global (donc pas un choix) et avéré du monde paysan.

C'est bien pour cela que je préconise un renforcement, une amélioration, un confortement des mécanismes de contrôle en place.

Car le risque d'effet de rentes n'est pas pour ceux qui approchent de la retraite (pour eux ce serait un effet d'aubaine), un peu moins pour ceux qui ont déjà payé leur outil, mais pour tous les jeunes exploitants, ceux à venir, bref l'avenir de l'agriculture.

Le foncier est un actif limité, et globalement on doit continuer à produire une certaine quantité de céréales, lait, viande, légumes etc... Même si individuellement chacun peut faire les choix avisés qu'il souhaite, une génération entière de nouveaux agriculteurs ne le peut pas "en même temps".



Sur le foncier:

* si tu dis que quand cela ne va pas si bien, on prend 30%, a fortiori si ça va mieux, ce sera bien pire.

* ce qui explique que en Irlande, pays de lait, les terres soient 3.5 fois plus chères qu'en Bretagne, c'est qu'il peuvent avoir un chargement UGB 2 fois supérieur grâce aux dérogations nitrates, entre autre, donc un CA et un revenu par Ha bien supérieur.

Si une exploitation de 50 ha passe de 15 000 à 35 000 eur de revenu disponible sans vouloir dépenser plus pour sa qualité de vie, cela fait 20 000 eur en plus à dépenser en annuité, soit 400 eur par ha, soit sur 10 ans à 1%, soit 3800 eur par Ha supplémentaires sur le prix actuel. Simple exemple, je ne dis pas que cela provoquera une telle inflation, mais inflation il y aura. Si les contrôles en place ne sont pas conservés/renforcés.

* sur la construction, tu ne connais pas la loi littoral et ses joyeusetés, par exemple. Je n'ai pas dit qu'il y a obligation de reprendre un site, juste que c'est plus compliqué réglementairement d'en créer un dans bien des cas. Surtout une stabulation avec machine à traire :)

* Je n'ai pas dit que les circuits courts n'avaient pas d'avenir, je ne balie rien, je dis que quand la production est très périssable, le "droit de vendre son produire" devient, dans la majorité des cas, indispensable. Et il ne faut pas que ce droit de vente soit monnayable à l'excès.

* Sur les vœux des français, si tu fais fi du sondage, je te dirais que toi non plus tu n'en sais pas plus de ce que pense réellement les Français. En revanche je sais ce que je veux, et ce n'est pas 10, 15 ou 20 % en plus [url]sur le prix agricole[/url] qui révolutionnera le pouvoir d'achat en France.

Le risque de rente: "Il est voulu par une majorité d'exploitants."

Non, il n'est pas voulu, il est créé par le comportement, général, donc subi, d'une tranche des agriculteurs, et reporté sur l'avenir. On ne peut pas leur en vouloir de saisir l'effet d'aubaine individuellement, on doit s'en vouloir de, collectivement, ne pas s'assurer que le métier agricole ne devienne pas un exercice de cavalerie financière infernal, comme dans d'autres pays.
Vini, Vidi, Pactoli
Mer 23 Mai 2018 14:07 #7
Image

PAYSANS, CE JEU FINIRA-T-IL BIENTÔT ? François Ruffin :
L'histoire ne retiendra pas la loi Travers.
C'est juste une loi de travers, une de plus, une loi molle, une loi creuse. Et sur ses épaules, le paysan portera toujours l'aristocratie de la grande distribution, le clergé de l'industrie et par-dessus eux, la main invisible et inflexible des marchés.
Et je le redoute, je le crains, ce paysan pourra continuer de se plaindre : « Il faut espérer que ce jeu-là finira bientôt. »
https://www.facebook.com/FrancoisRuffin80/videos/925498487631689/

An douar zo re gozh evit ober goap anezhañ.
Image
Mer 23 Mai 2018 21:04 #8
Le temps que je réponde, et Tacyst a supprimé sa réponse...

Sans doute parce qu'il s'est rendu compte que je n'ai pas écris autre chose que lui!

Le marché du foncier en France reste raisonnable grâce à l'encadrement des fermages, au contrôle des structures, a contrario d'autres pays. Rajoutez du revenu et libéralisez ce marché, boom! Il n'y a qu'à voir la guerre que certains mènent sur certains arpents de terre...

Pour la vidéo de Ruffin, le top du top, ça reste un discours, mais quel discours!

Ça donne envie de prendre une tour de séchage d'assaut et de faire bouffer à MEL son rayon "Croquettes et nonos à ronger".
Vini, Vidi, Pactoli
Jeu 24 Mai 2018 10:23 #9
gwendal raoul a écrit:
C'est justement parce qu'il y a ce risque de surenchère sur tous les actifs agricoles en cas de hausse des revenus disponibles que j'écris ce que j'écris.


Ce que tu refuses de comprendre, c'est que pour les agris en place, ce n'est pas un "risque" de surenchère, mais une opportunité...

gwendal raoul a écrit:
Car le risque d'effet de rentes n'est pas pour ceux qui approchent de la retraite (pour eux ce serait un effet d'aubaine), un peu moins pour ceux qui ont déjà payé leur outil, mais pour tous les jeunes exploitants, ceux à venir, bref l'avenir de l'agriculture.


Oui, mais comme les futurs acteurs n'ont aucun poids sur l'organisation du secteur agricole, ça n'a pas tellement d'importance.

Si tu tiens à considérer que les agris sont des entrepreneurs (ou à le souhaiter), alors il faut aller jusqu'au bout de ta démarche. Le problème alors ne vient pas des agris en place qui cherchent à bénéficier d'un effet de rente, mais de tous ceux qui s'installent sans la moindre connaissance de gestion, incapables de voir que le prix à payer pour enfiler les bottes de papa est un investissement qui n'est pas rentable.

gwendal raoul a écrit:
Le foncier est un actif limité, et globalement on doit continuer à produire une certaine quantité de céréales, lait, viande, légumes etc... Même si individuellement chacun peut faire les choix avisés qu'il souhaite, une génération entière de nouveaux agriculteurs ne le peut pas "en même temps".


Je pense que c'est faux, et que le passé à montré qu'une génération pouvait tout à fait changer de pratiques de façon très rapide. (Ou, pour être plus précis, qu'une pratique pouvait en remplacer une autre de façon rapide).

gwendal raoul a écrit:
* si tu dis que quand cela ne va pas si bien, on prend 30%, a fortiori si ça va mieux, ce sera bien pire.


Théorie économique de comptoir, au doigt mouillée, qui n'est étayée par aucun exemple concrêt.
Image

Sur ce graphique, on voit que la progression des prix des terres en France est linéaire, et semble bien indépendante de l'état du secteur agricole: on ne voit pas de pic lors des bonnes périodes, ou de chutes en temps de crise.

Pour les pays nordiques (pays-bas et danemark) on observe des phases de type spéculation et éclatement de bulles. Pour les autres pays, c'est difficile de tirer des conclusions.

Quoi qu'il en soit, je ne vois ce qui te permet d'affirmer que le prix des terres augmenterait plus vite dans les bonnes périodes. (Si ce n'est une pseudo logique économique)

gwendal raoul a écrit:
ce qui explique que en Irlande, pays de lait, les terres soient 3.5 fois plus chères qu'en Bretagne, c'est qu'il peuvent avoir un chargement UGB 2 fois supérieur grâce aux dérogations nitrates, entre autre, donc un CA et un revenu par Ha bien supérieur.


Oui, et? Personne ne nie qu'il y a une disparité de sol, de climat, et de normes. Mais bon, la dérogation nitrates, elle n'est pas tombée du ciel. Si l'Irlande a obtenu cette dérogation, c'est vraisemblablement parce que l'eau là-bas ne contient pas la même quantié de nitrates qu'en Bretagne.

gwendal raoul a écrit:
Si une exploitation de 50 ha passe de 15 000 à 35 000 eur de revenu disponible sans vouloir dépenser plus pour sa qualité de vie, cela fait 20 000 eur en plus à dépenser en annuité, soit 400 eur par ha, soit sur 10 ans à 1%, soit 3800 eur par Ha supplémentaires sur le prix actuel. Simple exemple, je ne dis pas que cela provoquera une telle inflation, mais inflation il y aura. Si les contrôles en place ne sont pas conservés/renforcés.


Tu prends l'exemple d'un revenu investi dans un agrandissement de foncier... Encore une fois, si tu raisonnes en entrepreneur, fais-le jusqu'au bout! Est-ce que c'est vraiment l'investissement le plus rentable pour l'exploitation?
La course à l'agrandissement n'est pas la réponse magique. C'est surtout ça qu'il faut comprendre!
Tu ne peux pas réclamer que les exploitants deviennent de bons gestionnaires, et en même temps baser tes exemples sur des décisions irrationnelles.

gwendal raoul a écrit:
sur la construction, tu ne connais pas la loi littoral et ses joyeusetés, par exemple. Je n'ai pas dit qu'il y a obligation de reprendre un site, juste que c'est plus compliqué réglementairement d'en créer un dans bien des cas. Surtout une stabulation avec machine à traire :)


Non, en effet, je n'ai pas de problème avec la loi littoral. Mais du coup, ton cas n'est pas généralisable au pays...

gwendal raoul a écrit:
Je n'ai pas dit que les circuits courts n'avaient pas d'avenir, je ne balie rien, je dis que quand la production est très périssable, le "droit de vendre son produire" devient, dans la majorité des cas, indispensable. Et il ne faut pas que ce droit de vente soit monnayable à l'excès.


J'ai vraiment du mal avec ça... Tu réclames un "droit à vendre son produit". Donc un débouché garanti... Ben, une clientèle, dans tous les autres domaines, ça se monnaie. Là, pourquoi ça serait différent? Tu demandes le beurre et l'argent du beurre. Un client garanti, mais sans avoir à la reprendre.... Tu as une idée du temps (et de la perte financière associée) que ça prend à un commerçant pour se créer une clientèle?

gwendal raoul a écrit:
Sur les vœux des français, si tu fais fi du sondage, je te dirais que toi non plus tu n'en sais pas plus de ce que pense réellement les Français. En revanche je sais ce que je veux, et ce n'est pas 10, 15 ou 20 % en plus [url]sur le prix agricole[/url] qui révolutionnera le pouvoir d'achat en France.


Simplement, je ne me base pas sur un sondage, mais sur les habitudes de consommation. Va faire un tour au supermarché, et regardes ce qu'achètent les consommateurs. Et après, tu viendras me reparler de ce que "pense" réellement le Français. Parce que ce qui compte, c'est pas ce qu'il pense, mais la façon dont il agit, le français moyen. Et il est sensible à deux choses: au marketing, et aux prix bas. Le reste, c'est du flan.

gwendal raoul a écrit:
Non, il n'est pas voulu, il est créé par le comportement, général, donc subi, d'une tranche des agriculteurs, et reporté sur l'avenir. On ne peut pas leur en vouloir de saisir l'effet d'aubaine individuellement, on doit s'en vouloir de, collectivement, ne pas s'assurer que le métier agricole ne devienne pas un exercice de cavalerie financière infernal, comme dans d'autres pays.


Le comportement général est la résultante des actions individuelles... Tu sais, c'est comme le consommateur dont on parle plus haut qui veut que le paysan gagne sa vie, mais qui achète en promo, et du premier prix.
Jeu 24 Mai 2018 10:43 #10
Hazta, tu es de mauvaises foi.

C'est justement parce que la tendance de la profession agricole, naturelle, générale, et d'investir le fruit de son travail plutôt que d'en profiter que je me permets cette petite alerte. Et tu me le "reproche". Ben relis bien le texte initial.

Sur la théorie inflationniste, je te renvoie à ton propre comptoir, c'est le bon sens, la base de la théorie monétaire. Si tu remets en cause les théorèmes, c'est à toi de le démontrer, pas à moi.

Le "droit à vendre" que j'évoque, ce sont bien les parts sociales de coops, les contrats avec les transfos privés. Les unes doivent conserver leur valeur nominale, les autres doivent rester non-monnayables. Je n'ai pas dis que c'était un droit absolu, j'ai dit justement que dans la majorité des cas, notamment pour les produits périssables et devant être transformés, passer par par une coopérative de collecte, une entreprise de transformation était quasi-obligatoire vs. la vente directe.

Sur les voeux des français, je n'ai pas de conviction personnelle basé sur mes observations subjectives du samedi matin. J'évoque juste un sondage, et je pose la question: "Le Français, l'humain tout court, a-t-il scientifiquement et objectivement la certitude que 81 cts le litre de lait 1/2 écrémé est le vrai prix vraiment vrai et adéquat et définitif et pas 93 cts"?

T'as quand même une petite tendance à radicaliser le propos d'autrui (d'ailleurs forcément simpliste et caricatural, il faudrait un bouquin de 500 p. pour commencer à effleurer le sujet) et à affirmer que je ne dis pas ce que je dis.

Par ex:
"Ce que tu refuses de comprendre, c'est que pour les agris en place, ce n'est pas un "risque" de surenchère, mais une opportunité..."

Non seulement je ne refuse pas de le comprendre, c'est mon postulat de départ! Sacrebleu...
Vini, Vidi, Pactoli
Jeu 24 Mai 2018 14:34 #11
gwendal raoul a écrit:
Hazta, tu es de mauvaises foi.

C'est justement parce que la tendance de la profession agricole, naturelle, générale, et d'investir le fruit de son travail plutôt que d'en profiter que je me permets cette petite alerte. Et tu me le "reproche". Ben relis bien le texte initial.


Je ne pense pas être de mauvaise foi (en tout cas, c'est pas volontaire...). En fait, je ne comprends pas pourquoi tu cherches à convaincre que l'effet de rente est une mauvaise chose pour les exploitants.
Et un exploitant qui veut s'installer, il a le choix: soit il accepte un investissement important, soit il trouve un autre moyen... Quand les cédants ne trouveront plus de types prêts à reprendre à n'importe quel prix, ça baissera probablement.

gwendal raoul a écrit:
Sur la théorie inflationniste, je te renvoie à ton propre comptoir, c'est le bon sens, la base de la théorie monétaire. Si tu remets en cause les théorèmes, c'est à toi de le démontrer, pas à moi.


Sauf qu'on n'est pas dans le cadre monétaire. Que le foncier agricole, c'est réglementé. Que les opérateurs n'agissent pas de la même façon.
Bref, regarde l'historique: le prix des terres en France n'est peu (ou pas) correlé aux revenus agricoles.

gwendal raoul a écrit:
Le "droit à vendre" que j'évoque, ce sont bien les parts sociales de coops, les contrats avec les transfos privés. Les unes doivent conserver leur valeur nominale, les autres doivent rester non-monnayables. Je n'ai pas dis que c'était un droit absolu, j'ai dit justement que dans la majorité des cas, notamment pour les produits périssables et devant être transformés, passer par par une coopérative de collecte, une entreprise de transformation était quasi-obligatoire vs. la vente directe.


Oui, et donc, au même titre qu'un commerçant peu céder sa clientèle, un exploitant peu céder son débouché.

gwendal raoul a écrit:
Sur les voeux des français, je n'ai pas de conviction personnelle basé sur mes observations subjectives du samedi matin. J'évoque juste un sondage, et je pose la question: "Le Français, l'humain tout court, a-t-il scientifiquement et objectivement la certitude que 81 cts le litre de lait 1/2 écrémé est le vrai prix vraiment vrai et adéquat et définitif et pas 93 cts"?


Tu détournes mes propos... Je n'ai pas dit que je partais de mes observation du samedi matin, mais des habitudes de consommation des français. Elles sont documentées. La part du budget dédié à l'alimentation se réduit d'année en année. Bref, ce sont des faits. (Et les observations du samedi matin, pour illustration, confirment ces faits).

Et peu importe que le consommateur pense que 93 cts est plus adéquat que 81 cts, la vraie question, c'est à quel prix il l'achetera dans sa grande majorité. Et je pense que tu connais la réponse.

gwendal raoul a écrit:
T'as quand même une petite tendance à radicaliser le propos d'autrui (d'ailleurs forcément simpliste et caricatural, il faudrait un bouquin de 500 p. pour commencer à effleurer le sujet) et à affirmer que je ne dis pas ce que je dis.


Ce n'est pas volontaire, et je m'en excuse.

gwendal raoul a écrit:
"Ce que tu refuses de comprendre, c'est que pour les agris en place, ce n'est pas un "risque" de surenchère, mais une opportunité..."

Non seulement je ne refuse pas de le comprendre, c'est mon postulat de départ! Sacrebleu...


Oui, c'est ton postulat de départ. Et tu dis que c'est pas une bonne chose, mais je ne vois pas d'arguments qui vont dans ce sens... Sauf pour ceux qui inspirent à s'installer, mais là, c'est à eux de prendre des responsabilités.

Si une reprise d'exploitation ne fait pas sens économiquement, ben, il ne faut pas le faire. Si demain, je veux monter une filature dans les Vosges sans réflechir à combien va me couter la masse salariale, et au débouché de mon produit, ça ne marchera pas. Et tant pis pour moi.
Là, c'est pareil, les mecs qui ne bossent pas leur projet de reprise et qui se plantent, c'est pas la faute au cédant qui demandait trop cher.
Ven 25 Mai 2018 13:02 #12
Pour un fan de Ruffin tes propos sont surprenants! Soit tu es en train de vendre une exploitation en ce moment, soit tu as viré ultra-libéral libertarien :)

Si on suit ta logique:

*Si les prix sont trop pourris c'est aux éleveurs de prendre leur responsabilité et de quitter le métier
*Si le coût d'installation est trop élevé, c'est aux aspirants-éleveurs de prendre leur responsabilité et d'abandonner leur projet.
*Si les 2 ci-dessus, c'est à nous de réinventer totalement notre activité si nous voulons quand même continuer.

Yaka... c'est un peu facile non?

Si je revendique des prix plus élevés aujourd'hui, ce n'est certainement pas pour foutre en l'air l'avenir de l'activité laitière en disant "les futurs installés n'ont cas se démerder autrement"!

C'est précisément à cela que doive servir les coopératives, assurer un débouché à l'avenir aux producteurs d'avenir sans leur faire payer un droit d'entrée prohibitif.

C'est exactement à cela que doit servir le contrôle des structures, l'encadrement des fermages, assurer un accès au foncier aux producteurs d'avenir sans leur faire payer un droit d'entrée prohibitif.

Et avec du foncier diminuant en surface, des rendements en stagnation voire en baisse (céréales, limitation des intrants en élevage, etc...) on est très loin de ta révolution verte version 2020... Donc c'est par le prix que nous verront notre condition s'améliorer, mais cette hausse de prix ne doit pas être absorbée par une inflation sur le coût d'acquisition de nos actifs.

Et mon propos est global, par au cas par cas.

Sur le foncier, c'est précisément parce qu'il existe une réglementation en France qu'on a pas connu de folie foncière. Mais il y a des brèches, et il faut la renforcer au lieu de l'affaiblir.
Exemple:
Image

En 1960 un ménage dépensait autant pour se loger et se nourrir, soit 21% respectivement du budget.

En 2014 un ménage dépensait 26% du budget pour se loger et 13% pour se nourrir...

Tu me dis "les français veulent manger à bon marché" je ne te réponds même pas"où est passer leur pouvoir d'achat alimentaire", mais j'oserai même ceci:

Vu la politique UE de prix alimentaires bas (PAC), vu une guerre des prix latentes en GMS depuis bien longtemps, les Français ont reporté ce qu'il ne dépensait pas en alimentaire sur l'immobilier (achat ou loyer), faisant ainsi augmenter immodérément l'immobilier (avec l'aide de taux très bas il est vrai).

Ou en est on aujourd'hui? Un vrai problème de coût du logement et des français qui selon toi veulent payer encore moins cher leur bouffe :mdr :dingue

Sur le foncier agricole mêmes causes et mêmes effets. Le seul moyen de l'éviter, c'est d'obliger les agris à prendre des vacances, se faire remplacer, acheter plus d'iphone, de mercedes, de berluti, d'avions affaires et de yacht immatriculés en Côtes d'Armor (22) si possible.

Enfin pour ton info, sur la lieue de Grèves (22) haut lieu de consternation collective sur les algues vertes, en 15 ans les taux de nitrates sont passés de 40 à 23 mg/l, et pas d'algues cette année. En Irlande la qualité de l'eau et le Dairy Industry deviennent un vrai problème...
Vini, Vidi, Pactoli
Ven 25 Mai 2018 14:26 #13
Hazta
Si les jeunes se plantent c'est pas à cause qu'ils n'ont pas bossé leur projet de reprise mais c'est bien la cause des prix bas,quand ton etude prévoit 320 e ( niveau de prix déja bas) et que le prix est à 290 e.
De plus en plus de jeunes qui ont pourtant la volonté de s'installer refusent d'entrer dans cette galère,de s'endetter,de bosser beaucoup,pour ne rien gagner et meme risquer la liquidation.
Il y a 20 ans que je suis installé le prix du lait n'a pas bougé mais les charges ont explosé ( si le lait aurait suivi l'inflation il serait à + de 400 e)
Si on veut encore des producteurs de lait demain et des jeunes qui s'installent il va falloir revaloriser le prix.
Et le consommateur qui paie son lait 81 cts ne sait pas que l'essentiel de la marge se retrouve en gms et indus ( on l'a vu avec l'exemple du beurre ou les producteurs n'ont rien vu sur leur prix du lait)
Ven 25 Mai 2018 15:44 #14
gwendal raoul a écrit:
Pour un fan de Ruffin tes propos sont surprenants! Soit tu es en train de vendre une exploitation en ce moment, soit tu as viré ultra-libéral libertarien :)


C'est tout l'inverse, en fait... Avec ma compagne, on est en train de créer une exploitation de maraichage en repartant de zéro. :flower

gwendal raoul a écrit:
Si on suit ta logique:

*Si les prix sont trop pourris c'est aux éleveurs de prendre leur responsabilité et de quitter le métier
*Si le coût d'installation est trop élevé, c'est aux aspirants-éleveurs de prendre leur responsabilité et d'abandonner leur projet.
*Si les 2 ci-dessus, c'est à nous de réinventer totalement notre activité si nous voulons quand même continuer.

Yaka... c'est un peu facile non?


Qu'on soit bien d'accord, hein... Je suis pour une régulation forte des prix (et de la production) agricoles. Parce que c'est un sujet de souveraineté nationale (et de santé, aussi...).
(Ce qui ne veut pas dire faire un chèque en blanc non plus...)

*Pour autant, là, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Les prix ne sont pas régulés et sont bas à peu près partout. Et oui, c'est aux agriculteurs de prendre leurs responsabilités, qui peut prendre plusieurs formes selon leur sensibilité. On peut être "Ruffiniste" et militer pour une régulation. On peut être entrepreneur (au sens où tu l'entends) et faire évoluer son exploitation. Ou libéral et attendre que la main invisible du marché rééquilibre tout ça quand assez de voisins auront fait faillite. (Oui, c'est caricatural)

*Pour le coût d'installation, oui. C'est comme ça. Si ton projet n'est pas viable (et peu importe sa noblesse, et la cause de la non-viabilité), soit tu le mets en stand-by en attendant des jours meilleurs, soit tu le modifies, soit tu l'abandonnes. Encourager des futurs installés à foncer droit dans le mur, très peu pour moi!

*Je suis pas Macroniste pour un sou, et je ne dis certainement pas que les exploitants sont responsables de leur situation actuelle. Mais de façon réaliste, la solution ne viendra pas de l'extérieur. Oui, c'est aux exploitants de se prendre en main.

Pour le "Yaka", tu te trompes. J'agis de façon assez cohérente avec mes propos. Comme dit plus haut, suite à l'impasse dans laquelle se trouvait ma compagne (élevage allaitant), elle a quitté son exploitation, pour en créer une autre, de toutes pièces, en maraichage (parce que l'accès au foncier était trop compliqué pour rester dans l'élevage), sur laquelle je la rejoindrer d'ici une paire d'année (le temps de sécuriser un revenu).

gwendal raoul a écrit:
Et avec du foncier diminuant en surface, des rendements en stagnation voire en baisse (céréales, limitation des intrants en élevage, etc...) on est très loin de ta révolution verte version 2020... Donc c'est par le prix que nous verront notre condition s'améliorer, mais cette hausse de prix ne doit pas être absorbée par une inflation sur le coût d'acquisition de nos actifs.


Je suis désolé de te l'annoncer: il n'y aura pas de hausse de prix. Ni de révolution verte. Au cas où tu n'aurais pas remarqué, "ma" révolution verte ne parait pas trop compatible avec le gouvernement actuel (et le lot de députés godillots qui l'accompagne). Pour les quatre prochaines années, il n'y aura aucune solution politique pour le monde agricole.

gwendal raoul a écrit:
Sur le foncier, c'est précisément parce qu'il existe une réglementation en France qu'on a pas connu de folie foncière. Mais il y a des brèches, et il faut la renforcer au lieu de l'affaiblir.


Non mais encore une fois, je suis d'accord, et pro-régulation. C'est juste que ton raisonnement "+ de revenus agri = hausse du prix des terres" ne se vérifie pas lorsqu'on regarde l'historique.

gwendal raoul a écrit:
Vu la politique UE de prix alimentaires bas (PAC), vu une guerre des prix latentes en GMS depuis bien longtemps, les Français ont reporté ce qu'il ne dépensait pas en alimentaire sur l'immobilier (achat ou loyer), faisant ainsi augmenter immodérément l'immobilier (avec l'aide de taux très bas il est vrai).

Ou en est on aujourd'hui? Un vrai problème de coût du logement et des français qui selon toi veulent payer encore moins cher leur bouffe :mdr :dingue


Je trouve que tu vas un peu vite en besogne. Affirmer que les français ont reporté une partie du budget alimentation sur le budget logement, faisant augmenter l'immobilier, ça me parait limite. On pourrait aussi partir de l'autre sens: l'immobilier montant, les français ont préferé rogner le budget alimentation.

Bref, je ne sais pas. Mais l'alimentation bon marché (ou bien marketée) majoritaire, c'est quand même une réalité. alors qu'il y a des alternatives, mais elles restent minoritaire.

gwendal raoul a écrit:
Sur le foncier agricole mêmes causes et mêmes effets. Le seul moyen de l'éviter, c'est d'obliger les agris à prendre des vacances, se faire remplacer, acheter plus d'iphone, de mercedes, de berluti, d'avions affaires et de yacht immatriculés en Côtes d'Armor (22) si possible.


J'aime ton sens de la mesure...

gwendal raoul a écrit:
Enfin pour ton info, sur la lieue de Grèves (22) haut lieu de consternation collective sur les algues vertes, en 15 ans les taux de nitrates sont passés de 40 à 23 mg/l, et pas d'algues cette année. En Irlande la qualité de l'eau et le Dairy Industry deviennent un vrai problème...


Sans connaitre le dossier, je fais relativement confiance à l'UE pour être pointilleuse et ne pas permettre de dérogation illégitime.
Ven 25 Mai 2018 16:05 #15
steph 72 a écrit:
Hazta
Si les jeunes se plantent c'est pas à cause qu'ils n'ont pas bossé leur projet de reprise mais c'est bien la cause des prix bas,quand ton etude prévoit 320 e ( niveau de prix déja bas) et que le prix est à 290 e.


Tu sais, pour avoir bossé dans l'administration agricole, j'en ai vu passer des dossiers d'installation... Quand tu vois les hypothèses prises (prix fixes pendant 5 ans, aussi bien pour les produits que pour les intrants), et les résultats considerés comme satisfaisants, faut pas s'étonner d'avoir des jeunes qui se plantent.
Quand tu te contentes d'un résulat nul en cinquième année (en sachant pertinement qu'en année 6, tu perdras 2000 € d'aide JA...) sans aucune marge de sécurité, ça ne peut pas bien se passer.

Tout ça n'empêche pas que le prix du lait est trop bas, hein...

Mais si je devais monter un projet d'installation en lait aujourd'hui, t'inquiète pas que dans mon prévisionnel, il y aurait une hypothèse avec au moins une année en dessous du cours actuel.
Là, il y a quand même beaucoup d'installation faites avec la fleur au fusil, le PDE fait par le CER ou la chambre pour que ça passe en CDOA (que je trouve souvent légère) et advienne que pourra.

Tu sais, c'est comme ce type néorural installé avec des vergers bio qui se plaignait que la DDT lui réclamait sa subvention sous prétexte qu'il ne gagnait pas assez... Ben oui mon gars, la DJA, c'est pas fait pour sponsoriser une agriculture de loisir. Les aides à l'installation, c'est fait pour pouvoir gagner sa vie de façon pérenne.
Ven 25 Mai 2018 17:02 #16
Hazta
Dans ton prévisionnel n'oublie pas les perte suite aux alas climatiques.
2016 lbaisse du prix du lait et sécheresse ,l'ensilage de qualité moyenne a fait diminuer le volume.
On ne pas demander toujours aux meme de s'adapter,ils faudrait produire à un d'il y a 30 ans avec des charges de 2016;
En théorie dans le bureaux c'est facile le ya qua fautqu'on qui vienne nous donner des leçons ne vont pas sur le terrain.
En pratique c'est pas la meme chose.
D'après une responsable syndicale,l'administration lui a dit,si vous n'y arrivez pas changez de métier,voila la conception simpliste d'administratifs qui n'y connaissent rien à part la théorie.
Qu'ils ne s'inquiète pas il y a de plus en plus d'agriculteurs qui se reconvertissent,ils en ont ras le bol de bosser sans reconnaissance et une presion croissante du point de vue financier,travail,administration...
Ven 25 Mai 2018 18:03 #17
gwendal raoul a écrit:
Le temps que je réponde, et Tacyst a supprimé sa réponse...

Sans doute parce qu'il s'est rendu compte que je n'ai pas écris autre chose que lui!
.


Juste fatigué de tout ça :icon_frown
Pour ta culture, jettes un coup d'oeil au rapport Mc Kinsey du Cniel ;) (c'est comme "L'affaire Pélican" avec un risque de "Traque sur internet")

Hazta a écrit:
*Pour le coût d'installation, oui. C'est comme ça. Si ton projet n'est pas viable (et peu importe sa noblesse, et la cause de la non-viabilité), soit tu le mets en stand-by en attendant des jours meilleurs, soit tu le modifies, soit tu l'abandonnes. Encourager des futurs installés à foncer droit dans le mur, très peu pour moi!
Avec un gros rien à foutre de la retraite des vieux dans ce cas, dans la tronche papa maman :-o
*Je suis pas Macroniste pour un sou, et je ne dis certainement pas que les exploitants sont responsables de leur situation actuelle. Mais de façon réaliste, la solution ne viendra pas de l'extérieur. Oui, c'est aux exploitants de se prendre en main.
Avec un gros doigt dans le Q de l'U.E :-o
Pour le "Yaka", tu te trompes. J'agis de façon assez cohérente avec mes propos. Comme dit plus haut, suite à l'impasse dans laquelle se trouvait ma compagne (élevage allaitant), elle a quitté son exploitation, pour en créer une autre, de toutes pièces, en maraichage (parce que l'accès au foncier était trop compliqué pour rester dans l'élevage), sur laquelle je la rejoindrer d'ici une paire d'année (le temps de sécuriser un revenu).
Et là tu es content d'avoir trouvé des cons pour lui racheter ses parts :gene
Je trouve que tu vas un peu vite en besogne. Affirmer que les français ont reporté une partie du budget alimentation sur le budget logement, faisant augmenter l'immobilier, ça me parait limite. On pourrait aussi partir de l'autre sens: l'immobilier montant, les français ont préferé rogner le budget alimentation.
C'est surtout la paupérisation des classes laborieuses pour rattraper les pays de l'est le problème
Sans connaitre le dossier, je fais relativement confiance à l'UE pour être pointilleuse et ne pas permettre de dérogation illégitime.
Comme en Hollande sans doute :dingue
.
Ven 25 Mai 2018 21:29 #18
@Tacyst, rapidement :

# considérer que c'est un devoir de reprendre une exploitation à tout prix pour le bien être de ses parents, je trouve ça ridicule. Et dans le sens inverse, considérer que ses enfants doivent vivre enchaînés pour s'assurer (enfin) une vie aisée, c'est encore pire...
Mais bon, je suis pas fils d'agriculteur. Je reste heureux à ne pas avoir à endosser la vie de mon père.

# Oui, c'est de la faute à l'UE... Comme ça, c'est plus simple. L'UE, elle est ce que les états membres veulent en faire.

# les associés restant ont fait leur choix concernant le devenir des parts sociales. Si ils avaient demandé à monter une société pour que ma compagne reste apporteur de capitaux non exploitant, ça aurait pu se faire. Mais ce n'était pas leur souhait.
(Et, s'il faut tout dévoiler, en laissant les prélèvements sur 7ans, et ce qu'il reste des parts sociales une fois le prêt soldé, on arrive à 1400€/mois. Vu les heures passées, pas sûr que le con soit celui que tu crois)

#Certes. Peu importe la cause, le comportement du consommateur reste. Et il faut composer avec et/ou essayer de le faire évoluer.

#Il se trouve que la dérogation des pays bas est justifiée par le fait que 99% des eaux sont (étaient, en tout cas) en dessous de 50mg/l. Mais bon, encore une fois, la dérogation à été acceptée par une majorité d'États membres...
Ven 25 Mai 2018 21:32 #19
Bon, je m'aperçois que je me suis encore emballé :gene , donc,
@Gwendal,
Tu connais mon opinion sur ton travail, je n'ai pas changé d'avis ;) , bon blog et compte Twitter :pouce
Je serai ravis quand X.C sera président de la F..L et que G.R sera secrétaire général (bon, c'est un coup à prendre une balle de 38 dans le désert du Névada d'écrire ça :blase
Sur T.N ils préfèrent interroger Thierry "le démissionnaire"...et après on s'étonnera que, quand De Pactolis éternue, les négociateurs se taillent, ils suivent l'exemple du Chef :hihi

@Hazta,
Je pense que avec Gwendal, vous parlez de la même chose sans vous comprendre
Si tu ne règle pas le problème des installations autrement que par un "ça ne passe pas donc tant pis", tu vends de fait l'agriculture à la financiarisation, seule capable de payer le rachat des exploitations...et tu leur rend service car tu pars plutôt que de rester et de les gêner dans le projet ("dégoutter les jeunes pour racheter le tout") ;)

L'ensemble de votre réflexion est intéressante mais doit être plus globalisée pour en tirer une conclusion (le prix de la terre n'a d’intérêt que si il y a un marché) :youpi
Avec un "comment on remet des jeunes dans les lycées, pour quelle agriculture, quelle transmission, quelle retraite ,le tout dans quelle Europe?"(projet année 50 à la sauce 2020 :eusa_doh )

Pour ma part, "plus d'études, fin du bac pro 3 ans, formation éco de marché, négos commerciales, marchés à terme, stage à l'étranger, monde de l'entreprise, parcours pro avant installation, maintien statut du fermage, retraite par capitalisation privée, pas de refonte de la Msa,...)
Simple avis hein, :bisouc
Se serais intéressant d'en débattre avec F.Purseigle :dring

Voilà voilà
Ven 25 Mai 2018 21:51 #20
@Steph72: avec un plan de développement
sur 4 ans retenu (il y a eu un paquet d'essais plus ou moins viables) qui comprend une année à 25% du CA en rythme de croisière, et une autre à 50%, et une marge de sécurité de 10% de l'EBE, je pense pas qu'on puisse être considérés comme optimistes ou imprevoyants. (Ce qui ne nous empêchera peut-être pas de nous planter)

@tacyst: je pense qu'avec Gwendal, on est raccord sur l'objectif à atteindre. C'est sur le point de départ qu'on diverge (changer le système ou composer avec, considérer les responsabilités comme individuelles ou collectives...).

Et le problème des installations, il ne faut pas non plus le régler par un "ça ne passe pas mais j'y vais quand même". Je suis plutôt partisan du "ça ne passe pas alors je vais essayer autre chose".

Partager cette discussion sur les réseaux sociaux

Revenir en haut