EDF a annoncé jeudi 16 février un bénéfice net de 3 milliards d'euros en 2011, soit trois fois plus que l'année précédente. Un résultat atteint notamment grâce à une production d'énergie nucléaire supérieure à ses objectifs, indique la société dans un communiqué. Car le "taux de disponibilité" du parc de centrales français est passé de 78,5% en 2009 à 80,7% en 2011, un record.


Alors pourquoi l'électricité continue d'augmenter de 1 à 3% par an ? Et pourquoi EDF aurait demandé en mars 2011 à l'Etat d'appliquer 30% de hausse d'ici à 2015, comme le rapporte France Soir ?


• Parce que le nucléaire coûte cher


Pour le ministre chargé de l'Energie, Eric Besson, si les Français profitent d'une "électricité 40% moins chère que dans la moyenne des autres pays européens", c'est "grâce au parc nucléaire", rapporte le Figaro. Oui, mais cette énergie finit par coûter cher et le ministre le sait : il déclarait en février 2011 que la hausse des prix de l'électricité était "inéluctable" afin de financer les investissements dans le parc nucléaire et le développement des énergies renouvelables.


La Cour des comptes a d'ailleurs mis en évidence fin janvier 2012 les hausses d'investissements de maintenance induites par les travaux imposés par l'Autorité de sûreté nucléaire après la catastrophe de Fukushima. Les frais annuels d'entretien des 58 réacteurs français devraient doubler jusqu'en 2025. Des investissements qu'EDF a estimés, au maximum, à 10 milliards d'euros. Déjà, en 2011, ses investissements opérationnels consacrés à la maintenance du parc nucléaire ont bondi de 48%, pour atteindre 2 milliards d'euros.


• Parce que les charges d'EDF augmentent


Le président de la Commission de régulation de l'énergie, Philippe de Ladoucette, évoquait en janvier une multiplication par deux de la contribution au service public de l'électricité (CSPE) d'ici à 2016. Créée en 2000 et acquittée par l'ensemble des consommateurs, elle permet de financer les surcoûts liés au développement des énergies renouvelables, la production d'électricité en Corse et en outre-mer, le tarif social dit de "première nécessité" et le budget du médiateur national de l'énergie.


Le montant de la CSPE s'élevait à 1,9 milliard d'euros en 2009. Dans son rapport annuel de février 2011, la Cour des comptes considère toutefois que les "charges que la CSPE est censée compenser ont augmenté très rapidement et de façon largement incontrôlée depuis 2009, tandis que le taux de la contribution est, lui, resté inchangé depuis 2004".


• Parce qu'EDF chouchoute actionnaires et salariés


"L'endettement financier net d'EDF au 31 décembre 2011 est de 33,3 milliards d'euros, en baisse de plus de 1 milliard par rapport à 2010", indique le communiqué. Augmenter ses tarifs peut donc aider le groupe à réduire sa dette… sauf que chaque année, comme la majorité des enterprises, EDF verse des dividendes (prélevés sur le bénéfice net) à ses actionnaires.


Une somme proposée par le groupe (passée de 1,28 à 1,15 euro par action depuis 2009) mais soumise pour validation aux actionnaires. L'Etat, qui détient près de 85% du capital, est le grand gagnant, avec 1,8 milliard d'euros de dividende touché en 2010. EDF indique avoir versé 2,4 milliards d'euros de dividendes en 2010. Soit plus de deux fois son bénéfice net, ce qui l'a obligé à puiser dans ses réserves pour satisfaire ses actionnaires. Cette année, les dividendes, stables, vont grignoter deux tiers du bénéfice net. EDF fait partie des 10 entreprises du CAC 40 "qui distribuent la plus grosse part de leurs bénéfices en dividendes", indique Le Point.


En outre, trois ans après son premier rapport épinglant le Comité d'entreprise (CE) d'EDF, la Cour des comptes fait à nouveau état, en septembre 2010 de gaspillages. Et pointe le régime des salariés. "Une partie des salariés sont à 32 heures payées 39 ou presque et les hausses de salaires sont généreuses : 4,4% pour la masse salariale en 2010 et 3,95% cette année", indiquent Les Echos. Des augmentations confortables en période de crise.


• Parce qu'EDF doit s'ouvrir à la concurrence


Aujourd'hui, c'est l'Etat français qui fixe les tarifs EDF. Mais sous la pression de Bruxelles et depuis la loi Nome (nouvelle organisation du marché de l'électricité, en vigueur depuis juillet 2011) visant à ouvrir le marché à la concurrence, ces tarifs réglementés pourraient disparaître dès 2015. Ils seront alors réglementés par la Commission de régulation de l'énergie.


Pour certains, la Nome va gonfler mécaniquement les prix pour le consommateur. Explication : obligée par cette nouvelle loi de céder chaque année jusqu'à un quart de son énergie nucléaire à ses concurrents à un tarif fixé par l'Etat, EDF, pour valoriser son groupe, proposait 45 euros le mégawattheure. Mais ces concurrents trouvaient ça trop cher et en demandaient 35. L'Etat a tranché : ce sera 40 euros, passés à 42 depuis le 1er janvier 2012. Mais si EDF y perd trop, il faudra revoir à la hausse les tarifs de l'électricité pour les consommateurs.


Nora Bouazzouni